Les groupes des personnes exclues du marché du travail de la région de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches ont rédigé une lettre ouverte sur l’inaction du gouvernement en matière de pauvreté durant la période des fêtes.
C’est bien, la charité, mais le gouvernement doit s’engager!
Alors que le temps des Fêtes atteint son apogée, des milliers de Québécois donnent généreusement à leur communauté. Ces gestes sont importants et doivent être soulignés, mais les groupes de défense des droits des sans-emploi de Québec et de Lévis veulent rappeler aux gouvernements que la pauvreté se vit à l’année.
Les gouvernements provincial et fédéral disent reconnaître l’urgence en matière de pauvreté. Pourtant, nos décideurs tardent à mettre en place les mesures nécessaires pour contrer la crise de l’itinérance, du logement et de l’augmentation du coût de la vie. Bien que ces dossiers soient complexes, nos gouvernements possèdent les moyens d’agir pour endiguer la crise en bonifiant les programmes d’aide sociale et d’assurance-emploi.
Ces deux programmes sociaux, qui sont à la base de notre filet social, n’ont pas été bonifiés dans leur ensemble depuis des décennies. La question du revenu des plus pauvres est constamment éclipsée lors des rendez-vous électoraux. Une personne à l’aide sociale doit survivre avec 829 $ par mois. De plus, les délais d’admission ont explosé ces derniers temps et l’État maintient un régime punitif basé sur les préjugés envers les personnes assistées sociales. Ce programme ne suffit pas pour couvrir leurs besoins de base.
Pour les personnes qui perdent leur emploi, l’assurance-emploi déçoit aussi. Les chômeurs doivent composer avec 55 % de leur salaire. Encore faut-il arriver à accéder à ces programmes, dont la bureaucratie complexe contribue au refus d’une majorité de demandeurs. À titre d’exemple, seules 45 % des demandes de chômage sont acceptées, alors que, dans les années 1990, c’étaient 80 %. Dans les deux cas, les gouvernements laissent tomber les plus pauvres.
Le gouvernement ne peut pas compter sur la générosité des citoyens dans le temps des Fêtes pour enrayer la pauvreté. C’est quand même odieux de penser que la charité des individus peut compenser des politiques sociales mises à mal depuis des décennies. Certains diront que ces mesures coûtent cher, mais nous répondons que, lorsque vient le temps de dépenser pour des subventions à des entreprises comme Northvolt, pour l’extension du pipeline Trans Mountain et pour l’industrie de la défense et ses précieux avions de chasse, les cordons de la bourse semblent beaucoup moins serrés !
Nos gouvernements ont le devoir de combattre la pauvreté, et ça commence par offrir un revenu décent aux personnes exclues du marché du travail ! Puissent-ils s’inspirer de la générosité de leurs commettants en cette période des Fêtes.
Vous pouvez aussi lire cette lettre sur le site du journal Le Devoir